Quand en faire moins permet de vivre mieux avec la dépression

Getty Images/Mark Newman

Dans une société qui exige que nous soyons capables de tout affronter, la dépression peut nous pousser à l’inaction. Aujourd'hui, Sarah Bailey nous explique comment l’approche « en faire moins pour en faire plus » peut nous permettre de gérer la sensation de débordement pendant des épisodes dépressifs.

Je n’oublierai jamais que, lorsque j’étais jeune, on me disait de ne pas me morfondre au lit. Quoi qu’il arrive, il fallait que je me lève, que je m’active et que je ne laisse pas la dépression ou d'autres problèmes de santé mentale me tirer vers le bas.

Pour autant, l’expérience m’a montré que l’approche du « lève-toi et active-toi » n’est pas toujours le meilleur moyen de faire face à une dépression, une anhédonie (perte de la capacité à ressentir le plaisir, un symptôme central de la dépression) ou une situation de burnout. Le fait d’être constamment en mode « Go-Go-Go ! » peut vous conduire à négliger votre bien-être, augmentant ainsi le risque de rechute des troubles mentaux.

La frontière est ténue entre le fait de ne pas se morfondre et ne pas tomber dans le surmenage.

4 étapes pour résoudre le paradoxe du « faire moins pour en faire plus »

N° 1 : Comprendre l'importance de se ménager

Vivre avec une dépression est difficile. Face à celle-ci, le fait de se ménager (que l'on désigne également sous le terme anglais « pacing ») consiste à trouver le rythme de vie qui vous convient le mieux. Une cadence qui vous laisse du temps pour vous reconstruire et suivre une thérapie, sans laisser place à la rumination. Il vous faudra du temps pour identifier le rythme qui vous correspond, et il sera probablement différent de celui qui fonctionne pour d'autres. Vous êtes la seule personne à pouvoir décider du moment où ralentir pour récupérer, et de celui où accélérer pour profiter pleinement de la vie.

J'avais l'habitude de vivre constamment en mode « Go-Go-Go ! ». Cela me permettait d'échapper à mes pensées, car j'étais occupée toute la journée. Le soir, j’étais épuisée et je m’écroulais souvent de sommeil. Bien sûr, cela a mal fini et s’est soldé par un burnout et une hospitalisation.

Ayez à l’esprit que le fait de se ménager n’est pas une façon d’admettre la défaite. Il s'agit de prendre du temps pour vous et de faire des choix stratégiques pour aller de l’avant.

N° 2 : Choisir ses priorités sans culpabiliser

Lorsque vous souffrez de dépression, se ménager ne signifie pas s’arrêter complètement. Comme nous le savons, l'inertie totale est néfaste pour une personne qui lutte contre des problèmes de santé mentale. Il s'agit plutôt d’avancer lentement mais sûrement, en restant à l’écoute de son corps et de son esprit.

Lorsque nous sommes au cœur d'une spirale mentale, faire sa toilette, faire le ménage ou répondre à nos besoins quotidiens peuvent s’apparenter à de véritables montagnes à surmonter. En choisissant de vous ménager, vous pouvez progresser petit à petit dans vos tâches, sans vous surcharger. Par exemple, si vous avez besoin de vous laver, faites une toilette rapide. Si vous devez faire du ménage, choisissez une seule zone et nettoyez-la.

Ce sont ces compromis qui définissent le mieux le concept d’« en faire moins pour en faire plus ». Mieux vaut faire une toilette rapide ou se limiter au nettoyage du sol plutôt que de se laisser submerger par l'anxiété ou la culpabilité sur son canapé, en étant trop accablé et paralysé pour entreprendre quoi que ce soit.

Pensez à établir une liste de tâches hebdomadaires et à avancer à votre rythme, jour après jour, même dans les moments difficiles.

N° 3 : Pratiquer l'art de ne rien faire

Je sais ce que vous vous dites : « elle a passé tout ce témoignage à nous expliquer qu'il ne fallait pas nous surmener, sans pour autant tout arrêter. Et maintenant elle nous dit de ne rien faire ! »

En fait, il ne s'agit pas de tout arrêter, mais de mettre de côté certaines activités « annexes » lorsque cela s’impose.

N’avez-vous jamais constaté que certains passe-temps que vous aimez pratiquer, comme lire, nager ou marcher, peuvent vous sembler soudain trop fatigants ? Ou bien avez-vous parfois l'impression d’avoir perdu l’envie de réaliser certaines choses, mais de continuer malgré tout, parce que l'on vous rabâche que vous devez poursuivre vos objectifs 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 ? Ce sont des activités que vous aimez : ne laissez pas la première difficulté vous en priver.

C'est l'exemple parfait du moment où il convient de prendre du recul sur certaines activités. Ce n'est jamais une bonne idée de se forcer à réaliser quelque chose qui devrait rester un plaisir. Vous pourriez vous dire : « Mais pourquoi donc ? » Après tout, combien de fois a-t-on balayé nos doutes ou notre lassitude d’un simple : « Tu verras, une fois que tu t’y mettras, tu retrouveras le plaisir » ?

Cependant, se forcer à réaliser une activité peut modifier notre sentiment à son égard. Cela se constate souvent lorsqu'un loisir se transforme en activité professionnelle. La perception que nous en avons change quand elle devient une « mission imposée ». Si vous vous forcez à pratiquer une activité quand vous n'en avez pas envie, des sentiments négatifs risquent de s'insinuer et de prendre le dessus sur votre état d'esprit.

Ainsi, il peut être utile parfois de prendre du recul, afin de vous concentrer sur d'autres choses. Si vous avez l'impression d'avoir « abandonné » un loisir, rappelez-vous que nous sommes naturellement attirés par ce que nous aimons, même après une longue pause. Il y a de fortes chances que, avec l’amélioration de votre humeur, vous retrouveriez de l’énergie et puissiez reprendre votre passe-temps.

Un regain d’enthousiasme pourrait même vous permettre d’atteindre de nouveaux sommets dans l’activité que vous avez choisie. Vous comprenez maintenant ce que j’entends par « en faire moins pour en faire plus » ?

N° 4 : Alterner entre se ménager et se reposer pour favoriser l’épanouissement

Soyons francs : il n’est pas aisé de savoir quand il convient de maintenir un rythme régulier, quand se reposer, ou quand se plonger à fond dans quelque chose. Et même lorsque vous avez terriblement envie d’opérer un changement de rythme positif, il peut y avoir une part de vous qui résiste.

Ce sont des choses que j’essaie encore d’appréhender.

Cela dit, le fait de comprendre quand vous devez vous ménager et vous reposer peut permettre à votre esprit de travailler sur ce dont il a besoin.

Le point à retenir

S’arrêter et ralentir quand on traverse des difficultés liées à sa santé mentale n'est pas une mauvaise chose. Tout dépend de la façon dont vous l’abordez.

C’est une force que d’apprendre à ralentir ou à accélérer. C’est une forme de sagesse que de savoir quand prendre du recul ou bien aller de l’avant pour se faire plaisir... et non pour satisfaire autrui.

De même, le fait de vouloir trop faire plaisir aux autres peut, avec le temps, susciter du ressentiment. Si vous côtoyez des personnes exigeantes dans votre vie ou des collègues qui pensent que vous « devriez » agir d'une certaine façon, rappelez-vous que faire moins pour plaire aux autres peut vous aider à accomplir davantage pour vous-même.

Pour commencer à comprendre quels sont vos besoins, essayez de vous récompenser chaque fois que vous accomplissez une activité pendant laquelle vous prenez soin de vous. Cela peut aller du simple fait de prendre une douche après être resté.e plusieurs jours au lit, de dire « non » lorsque vous avez besoin de vous reposer, ou encore de mettre une activité en pause lorsque vous vous sentez dépassé.e.

Rappelez-vous que, lorsque vous commencez à travailler avec votre esprit, il vous sera plus facile de réaliser ce que vous aimez. Il n'y a jamais de mauvais moment pour dire « non » quand les choses ne vous conviennent pas, et il n'y a rien de honteux à faire une pause.

Ce témoignage et les informations présentées ont une visée pédagogique et ne constituent pas des conseils spécifiques pour l'évaluation, la gestion ou le traitement d'une quelconque pathologie.

COB-FR-NP-00163 – juin 2026

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